Le poids de l’air (2014)

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Le poids de l'air

Durée 10 minutes (sous l’eau)

Un homme dans un tube rempli d’eau, décide de ne plus remonter à la surface
il stocke de l’air dans des bouteilles d’eau vides sous-pendues
buvant l’air en vidant les bouteilles de leur vide
puis crachant l’air qui le soulève
il a fait le choix de vivre hors de la pesanteur.

“Ici si je pleure ça ne change rien
Si je hurle ça ne change ni votre silence ni votre bruit
Ce que vous entendez n’a rien à voir avec mes pensées ni avec les vôtres
Les bulles par contre
Elles sont de moi, de l’intérieur de moi
Je ne dis rien d’autre
Et mes bulles c’est la seule chose que je peux vous dire
Et ce n’est pas parce que je suis là où je suis que j’dis ça

Comment le dire d’une autre manière ?

Cela doit vous sembler ridicule
Si je vous dis que je pleure en ce moment

Notre corps ne commence pas par avoir une bouche 

Vous savez, avant j’étais comme vous, j’étais lourd comme vous.
Je passais ma vie dans le poids, à penser au poids, à soupeser les choses avant de les soulever,
Et surtout
À porter le sol en permanence sous moi.
et le poids m’a tellement aplati, m’a tellement endurci,
qu’encore aujourd’hui, je le sens, en moi, au fond,
je la sens cette espèce de gravité incurable, qui fait que tout ce que je vois, je le soupèse irrésistiblement.
Vous tous, quand je vous regarde, je sais quel effet ça me ferait de vous soulever…
Vous êtes lourds, et la gravité, même là où je me trouve actuellement, continue.
même dans ces conditions extrêmement favorables
le poids continue ! Ici. Parce qu’il m’en manque, pour que je ne sois pas tout simplement, éjecté au poids d’en haut, c’est le poids d’en haut, le vôtre, qui me cherche, qui m’attend, qui essaie de me récupérer, mais si je sors la tête, il me rappuie dessus. Le poids, il me veut mais dès qu’il m’a ; il ne me veut plus.
Je risque toujours de retomber en haut.

Quand je vous vois, je pense à ma vie d’avant… à ma vie de chutes, de croches pieds, de coups, de bosses, de glissades,
ma vie de porteur de sac, d’équilibriste du raz du sol,
ma vie de réajustements, de vérifications systématiques.
J’ai passé ma vie à évaluer la solidité du sol. Ma vie à penser à où poser mes pieds.
Je n’en peux plus de mes pieds lourd de moi, je n’en peux plus du sol, je n’en peux plus du poids de mes pieds sur le sol. Du sol sous mes pieds.

Je suis bien ici, je vais y rester.”

Création noustube et scénographie : Jörg Müller

Arrangement, chorégraphie, et interprétation : Camille Boitel

Créé en 2014 aux Subsistances à Lyon